EN Guinée: UFDG-ET LE CNRD,Une Stratégie d’infiltration silencieuse, une leçon non apprise par le RPG ?

En Guinée, la politique est un échiquier où les pièces se déplacent en silence, et où les stratégies d’hier inspirent les manœuvres d’aujourd’hui. Alors que le pays tente de se frayer un chemin vers des élections crédibles sous la transition du CNRD, un scénario familier se rejoue, presque à l’identique. L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo, semble avoir étudié avec minutie le manuel de conquête du pouvoir écrit en 2010 par le RPG Arc-en-ciel d’Alpha Condé. Entre infiltration discrète des institutions, faux-semblants de divisions internes et occupation méthodique des postes clé, le parti déploie une tactique redoutable, tandis que le RPG, arc-bouté sur un refus de compromis, risque de sombrer dans l’obsolescence.

En 2010, le RPG avait montré la voie : pour gagner une présidentielle, il faut d’abord contrôler les coulisses du pouvoir. Des militants placés dans l’administration, des alliés stratégiques dans les organes de sécurité, et une présence diffuse dans les structures décisionnelles avaient permis à Alpha Condé de transformer une victoire électorale en domination politique durable. Aujourd’hui, l’UFDG emprunte ce même chemin, mais avec une subtilité renforcée. Les apparences de ruptures entre certains cadres du parti et leur leadership central ne sont que des leurres. Ces prétendues dissidences, amplifiées par des déclarations médiatisées, masquent une réalité plus pragmatique : l’UFDG s’installe progressivement dans l’appareil d’État, profitant de la transition pour consolider son influence.

Au cœur de cette stratégie, des figures clé jouent un rôle ambigu. Le Premier ministre actuel, bien qu’officiellement distancié de l’UFDG, reste profondément attaché à ce parti qu’il a contribué à fonder. Cette loyauté discrète, comparée à un lien filial indéfectible, offre au parti un accès privilégié aux leviers du pouvoir. Parallèlement, des membres influents du gouvernement, comme le porte-parole actuel du gouvernement à la personne du Ministre ousmane Gaoual diallo, agit en relais discret pour placer des militants de l’UFDG dans des positions stratégiques, des ministères aux administrations locales. Des rumeurs persistantes évoquent même le ralliement prochain de cadres historiques de l’UFDG, prêts à endosser des rôles clé sous couvert de décrets présidentiels comme honorable cellou Baldé Vice-président de l’UFDG.

Pendant ce temps, le RPG Arc-en-ciel, autrefois maître dans l’art de la conquête institutionnelle, semble piégé dans une posture d’intransigeance. En refusant de collaborer avec le CNRD, il reproduit les erreurs de ceux qu’il a vaincus par le passé. Cette rigidité stratégique pourrait lui coûter cher. L’histoire politique guinéenne a pourtant montré qu’un parti absent des transitions risque de l’être aussi des urnes. Les leçons de 2010, où le RPG avait compris que le pouvoir se gagne aussi dans les bureaux avant de se confirmer dans les bulletins, semblent oubliées par ses propres héritiers.

Les implications sont claires : si l’UFDG parvient à maintenir son ancrage dans l’administration et à étendre son réseau d’influence, il se positionne en favori des futures élections. Le contrôle des mécanismes étatiques, des listes électorales à la logistique du scrutin, reste un avantage décisif. Le CNRD, bien qu’auteur d’une rupture affichée avec l’ancien système, pourrait involontairement légitimer une hégémonie UFDG en sous-estimant ces manœuvres d’infiltration.

Pour le RPG, l’urgence est de renouer avec le pragmatisme qui a fait son succès. S’il persiste à boycotter les dynamiques transitionnelles, il risque de laisser l’UFDG réécrire l’histoire à sa place. La transition n’est pas seulement une page à tourner, mais un chapitre à influencer.

En définitive, la Guinée assiste à un jeu de miroirs où les tactiques du passé éclairent les rivalités du présent. L’UFDG, en stratège patient, mise sur l’usure des apparences et la force de l’infiltration. Le RPG, en revanche, doit choisir entre l’adaptation et le déclin. Quant à la transition, elle devra démêler l’écheveau des loyautés cachées pour éviter de n’être qu’un tremplin pour de nouveaux maîtres du jeu. En politique, comme au théâtre, ce qui se voit rarement révèle l’essentiel.

Kaba 1er
Le Natif de kankan.